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    L’aide, par l’art-thérapie, au processus post-traumatique sur la chronologie des événements

    Thyma 29/01/2018
    Après une agression, l’état de stress post-traumatique abandonne la personne victime dans un brouillard opaque qui la laisse dans l’incapacité de se rappeler le fil des événements. La chronologie des faits doit être produite en justice au risque de mettre en défaut la crédibilité des plaignants. C’est au sein d’ateliers d’art-thérapie, à l’aide de la médiation collage que nous avons avancé avec un gardien de la paix en situation d’épuisement professionnel.

    Les amnésies successives laissent penser à une fragilité psychique consécutive au phénomène de répétition de surcharge de stress. Le cerveau réagit de manière automatique pour plonger la personne victime, ce qui est toujours un écueil vers la crédibilité, dans une brume obscure qui la met dans l’incapacité de se rappeler le fil des événements. Dans un tel état “comateux” elle se trouve dépossédée de toutes réactions, à la merci des prédateurs.

    I – Le choc post-traumatique présente des spécificités en relation au temps

    Selon le psychologue & psychanalyste Jean-Pierre Durif-Varembont, le délit traumatique procède comme une « scène originaire » et devient le mobile de tout. Alors comment sortir de la circularité imposée par ce choc post-traumatique ?

    Ce blocage du temps psychique qui s’explique par l’impossibilité de penser, l’effroi, la peur, le désarroi, le manque de confiance dans ses propres perceptions, bien décrits par Ferenczi, vient souvent en contradiction avec la demande policière ou judiciaire de mise en récit qui cherche à dater le début et la durée des faits. La logique juridique cherche en effet à reconstituer un temps objectif nécessaire à l’application du code de procédure pénale alors que pour une victime de traumatisme le temps psychique est le plus souvent gelé, comme s’il n’y avait ni d’avant ni d’après, tout du moins d’après pensable sous forme d’un projet ou d’un avenir. De plus, les confusions spatio-temporelles entraînées par le trop-plein d’excitations, le sentiment d’irréalité post-traumatique qui rend subjectivement indécidable la part de réalité et de fabulation, le travail de reconstruction de la mémoire télescopent facilement la chronologie dans un compromis protecteur entre reconstitution exacte et réinterprétation projective des faits.

    La personne traumatisée ne se souvient plus ou mal des lieux, des situations, des visages, des paroles, des odeurs et des sensations physiques. Les émotions sont enrayées. Et pourtant combien font défaut ces informations en situation juridique. Il est nécessaire alors de faire émerger un maximum de renseignements autour et sur l’agression. Nous devons nous rapprocher, au mieux, de l’événement, de l’avant, du pendant et de l’après.

    Pourquoi ? A l’approche de l’imminence du danger, la personne traumatisée dit “éteindre” le contact avec l’extérieur. Que produit, dans le cerveau, cette disjonction ? Elle isole la structure responsable des réponses sensorielles et émotionnelles (amygdale cérébrale) de l’hippocampe (…qui gère la mémoire et le repérage temporo-spatial, sans elle aucun souvenir ne peut être ni mémorisé, ni remémoré ni temporalisé). De fait l’hippocampe ne peut pas faire son travail d’encodage et de stockage de la mémoire sensorielle et émotionnelle des violences. Le souvenir reste piégé dans l’amygdale sans être ni traité, ni transféré en mémoire autobiographique. Il perd alors tout rattachement temporel et son rappel conscient devient plus difficile. (Le Doux, 1996 ; 2003). Ainsi, au cœur de la dissociation, nous devons débloquer pas à pas, le souvenir non perdu mais oublié, pour terminer ce travail mémoriel qui permet la classification dans la mémoire appropriée et la mise en lien avec les autres fonctions cognitives et les émotions. Il s’agit de rétablir des connexions neurologiques pour faciliter par un tissage cognitif des liens entre les micro-événements et exploiter les moindres traces du contexte dans lequel la violence a eu lieu. A travers les arts plastiques, il convient d’explorer chaque représentation mentale dégagée : images, mémoire, émotions, afin d’en tirer le plus grand parti pour obtenir une cohérence et une logique dans la narration des faits subis.

    Où ? Comment ? Par qui ? Avant ? Pendant ? Après ? Car l’effraction et la sidération psychique n’ouvrent qu’à de l’irreprésentable et de l’indicible.

    II – Dispositif à médiation collage

    Le Réel – l’interdit de dire – le réel est à situer du côté du corps et de « ce qui revient toujours à la même place » ainsi que l’énonçait Lacan. Des tentatives d’en saisir quelque chose se manifestent à travers des récits de vie, qui à défaut de réussir un travail de liaison symboligènes restent factuels, sans états d’âme, difficiles à mettre à jour. C’est un passé figé et non intégré que nous essayons de remettre en mouvement.

    Pour ce travail, le médium collage est proposé parce que ce procédé ne demande pas de techniques particulières, de matériaux spécifiques et donne une belle liberté pour commencer à explorer sa créativité tout en ayant un cadre rassurant.

    1/ Déchirer, décomposer, recomposer, décoller, recoller avec du collage

    Les images qui nous attirent portent nos attentes, nos craintes, nos croyances. Déchirer, décomposer, recomposer, décoller, recoller, raconter… un collage d’une certaine manière, en tant que surface de projections vient figurer notre propre image en morceaux que nous essayons de contenir puis de transformer.

    C’est un exercice à la fois cathartique, méditatif et créatif. Tout d’abord, récupérer des images dans les magazines, des textures et des idées. La récupération de papier porte en elle-même la notion de transformation au sens alchimique du terme, transformer ses émotions, passer de l’ombre à la lumière. Par le collage se rejoue aussi parfois ce qui reste du côté de l’acte non symbolisé, où l’échange, où la différenciation où l’autre n’a pas pu émerger ni totalement ni significativement.

    On note deux dynamiques principales dans la démarche du collage : la recherche de l’image ou des objets supports de création, et l’assemblage dans une autre approche du lien.

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  • Article,  Psychotraumatisme

    Nice : Le « héros de l’attentat » tente de se suicider

    Par Mathilde Frénois et Fabien Binacchi
    10/10/19
    Franck a finalement été mis en sécurité et pris en charge par les secours
    Tout un quartier a été bouclé. Jeudi 10 octobre 2019, le Raid a déployé ses hommes dans l’ouest de Nice, chemin de la Batterie-Russe, pour gérer une tentative de suicide. Une intervention qui s’est conclue vers 13h40, avec la mise en sécurité de la personne.
    Selon des sources concordantes, il s’agirait de Franck, le « héros du 14 juillet » qui avait tenté d’arrêter avec son scooter le camion sur la promenade des Anglais.

    « Il menaçait de mettre fin à ses jours »

    « Vers midi, un équipage de la police municipale a fait appel à nos services pour une personne retranchée à son domicile. Il menaçait de mettre fin à ses jours, explique le service de communication de la police nationale. Plusieurs équipages, dont la BAC, ont pris contact pour raisonner la personne retranchée. Le contact n’a pas été possible. » C’est à ce moment-là que le Raid est intervenu. Il est parvenu à mettre en sécurité Franck. Le héros a été pris en charge par les secours. Il a été hospitalisé.
    Ce père de famille avait été décoré de la Légion d’honneur un an après l’attentat, le 14 juillet 2017.

    « J’ai en tête les images des corps qui volaient de partout. J’ai tout de suite compris, j’ai alors décidé d’accélérer. Ma femme, derrière moi, me tirait le bras et me demandait où j’allais. Je me suis arrêté. Je lui ai dit : “Dégage !” Et j’ai accéléré à fond. »

    Franck ne s’est jamais remis de cette nuit d’horreur.


    « On m’avait prédit un contrecoup. Il m’est tombé dessus sans prévenir, début septembre. J’ai vécu une sorte de black-out. Pendant trois semaines, je vivais machinalement, j’étais debout, mais je n’ai aucun souvenir de cette période. Le psychiatre m’a expliqué que le cerveau, épuisé, finissait par tirer le rideau »

    confiait-il en décembre 2016.

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