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    Améliorer le système de santé mentale des victimes de traumatismes en France

    Améliorer le système de santé mentale des victimes de traumatismes en France
    Pour citer cet article : Wissam El-Hage, Philippe Birmes, Louis Jehel, Florian Ferreri, Michel Benoit, Pierre Vidailhet, Nathalie Prieto, Irène François, Thierry Baubet & Guillaume Vaiva (2019) Improving the mental health system for trauma victims in France, European Journal of Psychotraumatology, 10:1, 1617610, DOI: 10.1080/20008198.2019.1617610


    RÉSUMÉ
    La France a une riche histoire d’exposition à des traumatismes de grande ampleur tels que les guerres, les catastrophes et les attentats terroristes, et des équipes psychiatriques spécialisées dans les interventions d’urgence en cas de traumatisme de masse ont été créées sur le territoire. Cependant, aucune ressource publique n’est consacrée aux interventions à long terme ou aux cas individuels de traumatismes. Cette lettre décrit comment un modèle de soins soutenu par le gouvernement a été créé et mis en œuvre en 2019. Un centre national de ressources et de résilience (CN2R) et dix services ambulatoires régionaux spécialisés en psychotraumatologie ont été créés dans le but d’améliorer la prestation des soins de santé mentale publics tout en offrant une gamme complète de services aux victimes de traumatismes, du plus court au plus long terme.


    FAITS SAILLANTS
    – La France ouvre un centre national de ressources et de résilience et 10 centres régionaux de psychotraumatologie.
    – Ces établissements visent à faciliter l’accès du public à des soins spécialisés en traumatologie à toutes les victimes, peu importe le type de traumatisme ou les caractéristiques individuelles des victimes.
    – Le défi consiste à réaliser l’accès universel à la prévention, à améliorer le libre accès aux psychothérapies axées sur les traumatismes et à assurer la coordination des soins de traumatologie et du soutien social.


    Les traumatismes de masse et les traumatismes individuels sont présents dans le monde entier (Kessler et al., 2017). Les soins de traumatologie en Europe varient selon les pays (Jacobs et al., 2019 ; Schäfer et al., 2018). La France a une riche histoire d’exposition à des traumatismes de grande ampleur tels que les guerres, les désastres et les attaques terroristes. La France a participé aux grandes guerres européennes et le XXIe siècle a été marqué par plusieurs attentats terroristes qui ont fait plus de 264 morts et 935 blessés, comme les attentats de Paris en 2015 et, plus récemment, la tragédie de Strasbourg en décembre 2018.

    Depuis les attentats terroristes de Saint-Michel en 1995, des équipes psycho-chiatriques spécialisées dans les interventions d’urgence pour les traumatismes de masse ont été créées à travers le territoire. Jusqu’à présent, il n’existe aucun centre public de compétence spécialisé dans le traitement des traumatismes ou les interventions à long terme dans l’ensemble du pays. Deux cliniciens français – Jean-Martin Charcot et son étudiant Pierre Janet – ont été les pionniers de notre compréhension du concept du traumatisme et de la recherche sur l’hystérie traumatique et l’hypnose. C’est ce qui a inspiré, entre autres, Freud qui a mis au point son « remède parlant », une approche qui a été largement adoptée en France. Cette approche psychodynamique historique a été progressivement mais lentement remplacée par des psychothérapies structurées axées sur les traumatismes.

    Dans le contexte plus récent de la menace terroriste en France et en réponse aux pressions exercées par les associations publiques d’opinion et de victimes contre la cruauté domestique et la violence sexuelle (selon les sondages, c’était la principale préoccupation du public français), le président Macron a déclaré que la question de la violence contre les femmes était une priorité pour sa présidence. Le gouvernement a décidé de soutenir des centres publics de traumatologie dédiés à toutes les victimes, quel que soit le type de traumatisme ou les caractéristiques individuelles des victimes (âge, sexe, nationalité, etc.). Par la suite, en 2018, le gouvernement français a financé un centre national de ressources et de résilience (CN2R) et 10 services ambulatoires régionaux spécialisés en psychotraumatologie (figure 1). Leur objectif est d’assurer des soins de traumatologie de haute qualité à long terme à toutes les victimes dans le besoin partout au pays. L’objectif de cette lettre est de décrire le nouveau système de soins pour les survivants de traumatismes en France.

    Le CN2R a été créé en 2019 à l’initiative du gouvernement pour renforcer la résilience de la société française. Pour atteindre cet objectif, un processus de gouvernement compétitif a nommé Guillaume Vaiva (Lille) et Thierry Baubet (Paris) à la tête d’une équipe de chercheurs pluridisciplinaires et de membres de la société civile pour conduire le déploiement du CN2R à Lille. Le CN2R sera géré par une structure administrative composée de six ministères (solidarité et santé, éducation, recherche et innovation, forces armées, justice et sécurité nationale). La feuille de route du CN2R est de développer un centre de recherche et de formation d’excellence pour mieux comprendre et traiter les psychotraumatismes.

    Le CN2R coordonnera ainsi l’action des centres régionaux en définissant l’état de l’art des interventions, une méthode commune d’évaluation clinique, et en fournissant des programmes efficaces d’information et de formation. Il abordera également les défis actuels en matière de soins aux survivants de traumatismes et les sujets qui doivent être traités de toute urgence dans le cadre de programmes de recherche. Le CN2R aura de nombreux défis à relever, y compris la prévention des traumatismes et la promotion de pratiques et de normes de soins tenant compte des traumatismes dans l’ensemble du système de soins de santé et des normes de soins.

    Les missions du CN2R, qui vise à répondre aux besoins de tous les groupes d’âge et de tous les types de traumatismes, s’articulent autour de cinq axes :
    1/Effectuer un suivi continu de la littérature médicale et scientifique et diffuser cette information.
    2/Fournir les moyens et la structure pour l’excellence dans la recherche sur les psychotraumatismes et la résilience, et partager les données avec la communauté internationale. Le CN2R a trois objectifs de recherche, à savoir mieux comprendre, détecter et réparer le psychotrauma. Pour atteindre ces objectifs, de nouveaux outils seront élaborés, comme une cartographie nationale des établissements de soins de santé et des professionnels de la santé en psychotraumatologie, un projet de recontact des victimes, un dossier de soins commun à tous les sites responsables de la consultation en psychotraumatologie et un outil numérique pour le transfert automatique des soins.
    3/Développer des modules de formation adaptés aux bonnes pratiques cliniques qui seront accessibles au public sur tous les sites régionaux (E-learning, modules MOOC).
    4/Informer la population générale et les publics spécialisés par la création d’un média web français sur le psychotraumatisme.
    5/Créer un outil de coordination nationale pour les centres de soins régionaux : concevoir, construire et animer une plateforme numérique « e-script » qui permettra l’établissement de téléconférences régulières entre le CN2R et les centres de soins régionaux.

    Figure 1. Cartographie des centres français de psychotraumatologie.

    Dix centres régionaux de psychotraumatologie ont ouvert leurs portes en 2019 dans le but d’améliorer la prestation des services de santé mentale publique tout en offrant une gamme complète de services aux victimes de traumatismes, du plus immédiat au plus long terme (Frewen et al., 2017 ; Akiki, Averill, & Abdallah, 2018 ; Magruder, McLaughlin, & Elmore Borbon, 2017). Ces centres ont pour but de faciliter l’accès à des soins médicaux spécialisés, de toxicomanie et psychologiques aux mineurs et aux adultes qui ont vécu un événement traumatisant au cours de leur vie, d’offrir des programmes de formation aux professionnels de la santé et de diffuser des informations destinées aux institutions et à la population en général.
    Chaque patient devrait se voir offrir une évaluation structurée et personnalisée de ses symptômes et avoir accès à des soins spécialisés. Toutefois, le financement de ces centres est quelque peu limité et les ressources nécessaires pour répondre à toutes les demandes de soins de santé font donc défaut. Pour résoudre ce problème, les centres développeront des réseaux régionaux d’aidants avec trois niveaux de soutien différents.
    i/ Le premier niveau est la création d’un répertoire des aidants spécialisés, à l’intention des médecins de famille et des associations de victimes.

    ii/ Le deuxième niveau consiste à développer une couverture régionale s’appuyant sur les ressources institutionnelles publiques et privées pour offrir des consultations spécialisées en psychotraumatologie à divers endroits. Ces consultations devraient offrir une expertise multidisciplinaire intégrée (p. ex. services aux victimes et aux soignants qualifiés, évaluations physiques et accès facilité à l’aide juridique et à l’aide sociale).

    iii/ Le troisième niveau est l’accès aux soins de santé mentale dans chaque centre régional en étroite collaboration avec un hôpital universitaire, avec une équipe spécialisée de thérapeutes formés qui peuvent effectuer des évaluations personnalisées vidéo et des psychothérapies structurées fondées sur les preuves et axées sur le trauma.
    Les centres régionaux offriront une formation complète en psychotraumatologie aux professionnels de différents milieux dans les pratiques liées aux traumatismes, conformément aux programmes nationaux. Chaque centre mettra également en œuvre des solutions de télémédecine et fournira des ressources à son niveau territorial afin d’améliorer les protocoles de traitement à long terme des patients et d’éviter que les problèmes liés aux traumatismes deviennent chroniques (Bourla, Mouchabac, El-Hage, & Ferreri, 2018 ; Bui et al., 2010).

    Défis pour l’avenir

    Les perspectives ci-dessus montrent que les premiers pas vers une meilleure prise en charge spécialisée des victimes de traumatismes ont été faits en France. Toutefois, l’offre et l’accès au traitement demeurent limités par le fait qu’il n’y a qu’un petit nombre de thérapeutes formés en traumatologie et que le nombre limité de centres régionaux ne sont pas répartis dans le pays. Les défis à relever pour atteindre l’accès universel à la prévention, améliorer le libre accès aux psychothérapies axées sur les traumatismes et assurer la coordination des soins spécialisés et du soutien social sont nombreux. Le CN2R devra coordonner et organiser les actions de prise en charge des traumatismes dans le pays, mettre en place une organisation faîtière française unique des sociétés françaises du stress traumatique, contribuer à la création d’un cursus de formation qualifiante et mettre en place un comité de certification français en lien avec le comité d’accréditation ESTSS, afin de répondre aux normes européennes et internationales modernes (Schäfer et al, 2018). L’évaluation de ce nouvel établissement pour les survivants de traumatismes doit avoir lieu dans les années à venir afin d’évaluer son efficacité globale avant de faire des recommandations à d’autres pays.

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    Des chercheurs de Yale trouvent des indices génétiques sur des symptômes troublants du SSPT

    side view of depressed army man in military uniform with post-traumatic stress disorder holding his head

    Des chercheurs de Yale trouvent des indices génétiques sur des symptômes troublants du SSPT
    Par Bill Hathaway
    29 juillet 2019
    Les symptômes du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) se recoupent avec plusieurs autres troubles psychiatriques, mais un symptôme particulier – des souvenirs troublants répétés et des flashbacks au sujet d’un événement particulier – est une caractéristique déterminante du SSPT débilitant.
    Une nouvelle enquête à l’échelle du génome de 165.000 vétérans de l’armée américaine a identifié huit régions du génome associé à ce revécu d’événements traumatisants, des chercheurs de l’Université de Yale et l’Université de Californie San-Diego le rapport du 29 Juillet dans la revue Nature Neuroscience.

    Les participants à l’étude faisaient partie du Programme d’un million d’anciens combattants lancé par l’Administration des anciens combattants pour déterminer les liens génétiques avec les troubles qui touchent les anciens combattants.

    Les associations génétiques ont été trouvées chez les vétérans d’origine européenne, mais pas chez ceux d’ascendance africaine, probablement parce qu’il y avait beaucoup plus de sujets d’ascendance européenne à étudier, disent les auteurs.

    Les variantes génétiques que l’on trouve dans ces huit régions offrent des indices sur la biologie sous-jacente du SSPT. Certains sont directement impliqués dans la réponse au stress et d’autres ont été liés à d’autres troubles psychiatriques. Une variante génétique liée au SSPT est également associée à la schizophrénie, une autre au trouble affectif bipolaire.

    « Les nouvelles connaissances sur le chevauchement génétique entre le SSPT et la schizophrénie pourraient aider à mettre au point de meilleurs traitements personnalisés », a déclaré Joel Gelernter de Yale, professeur de psychiatrie au Foundations Fund, professeur de génétique et de neuroscience et coauteur principal de l’étude. « Par exemple, les patients souffrant de SSPT avec une signature génétique particulière pourraient être de meilleurs candidats pour un traitement avec des médicaments antipsychotiques. »

    Dans certains cas, les résultats ont confirmé les soupçons quant au rôle de certaines voies biologiques dans la modulation du risque de SSPT. Une variante du gène CRHR1 (Corticotropin Releasing Hormone Receptor 1) est associée à la ré-expérimentation du SSPT ; ce gène est également impliqué dans la signalisation des stéroïdes. Un autre gène associé fonctionne dans le métabolisme des stéroïdes. Les deux gènes jouent un rôle clé dans la réponse au stress.

    Les résultats devraient également aider les chercheurs dans l’étude future de la relation entre le SSPT et d’autres troubles psychiatriques potentiellement liés, selon les auteurs.

    « Cette étude souligne l’énorme potentiel du Programme du million d’anciens combattants en tant que ressource biobanque pour identifier les gènes importants pour les maladies prévalant chez nos anciens combattants militaires », a déclaré M. Gelernter.

    « La découverte de loci d’importance génomique est un tournant majeur dans le domaine du SSPT », a déclaré John H. Krystal, Robert L. McNeil, Jr. Professeur de neurosciences et directeur du département de psychiatrie de Yale. « Le SSPT rejoint maintenant les rangs croissants des troubles psychiatriques où les progrès scientifiques s’appuieront sur les mécanismes de risque pour de nouvelles découvertes en pathophysiologie et en traitement. »

    Murray Stein de l’UCSD est co-auteur principal de l’étude.

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