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Addiction et stress post-traumatique : vers un traitement commun ?

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Addiction et stress post-traumatique : vers un traitement commun ?
par Pascale Gisquet-Verrier et Claire Le Dorze
28.03.2019
À l’origine de ces deux pathologies, la mémoire. La possibilité, récemment démontrée, de modifier des souvenirs réactivés laisse entrevoir l’éventualité de nouveaux traitements. Dans ce billet publié avec Libération, Pascale Gisquet-Verrier et Claire Le Dorze nous présentent cette nouvelle piste thérapeutique.
Et si l’on essayait de soigner le trouble du stress post-traumatique (TSPT) et l’addiction aux drogues en agissant sur… la mémoire ! C’est la nouvelle piste que nous proposons sur la base de nos récents travaux 1 qui s’appuient sur les nombreux points communs entre le TSPT et la dépendance à des substances comme l’alcool ou la cocaïne. Deux pathologies caractérisées par des réactivations des souvenirs pathologiques, qui les rendent alors malléables nous permettant d’intervenir en ajoutant de nouvelles informations.

Différents mais ressemblants

Les points communs entre l’addiction aux drogues et le TSPT sont nombreux. L’un comme l’autre ne se développe que chez certains sujets exposés à des événements extrêmes et opposés qui peuvent être schématiquement décrits comme très négatifs (trauma) ou très positifs (drogue). Les facteurs de prédisposition sont sensiblement les mêmes : milieu social défavorisé, traumatisme précoce, facteur génétique. Et de nombreux symptômes sont identiques : troubles du sommeil et de l’attention, retrait social, anxiété, dépression et indifférence affective. De plus ces pathologies sont caractérisées par un fort taux de comorbidité (l’association de ces deux maladies est en effet observée dans près de 40 % des cas).

Indices de rappel et hypersensibilité

Bien que ces deux pathologies ne s’expriment pas de la même façon, elles pourraient avoir une origine physiologique commune. En effet, elles se caractérisent par une hypersensibilité aux indices de rappel (comme des lieux, des objets, des personnes associées au traumatisme ou à la prise de drogue). Ces indices de rappel sont connus pour déclencher des réactivations de souvenirs, prenant la forme de reviviscences (flash-back), ou des envies irrépressibles de drogue (craving selon le terme anglo-saxon). Ces réactivations répétées, caractéristiques des deux pathologies, pourraient être à l’origine des nombreux symptômes communs.
Comme proposé par Jean-Pol Tassin 2 dans le cas de l’addiction, nous faisons l’hypothèse que l’exposition à un traumatisme d’une intensité extrême a le même effet qu’une prise de substance psychoactive et qu’il brise l’autocontrôle des systèmes monoaminergiques et notamment ceux de la noradrénaline et de la sérotonine qui ont un effet important sur la réactivation des souvenirs. Nous avons montré en particulier que le découplage qui en résulte provoque une hypersécrétion de monoamines qui pourraient être à l’origine de la fameuse hypersensibilité aux indices de rappel décrite plus haut.

Nous faisons l’hypothèse que l’exposition à un traumatisme d’une intensité extrême a le même effet qu’une prise de substance pychoactive et qu’il brise l’autocontrôle des systèmes monoaminergiques.

Ces conceptions récentes sur le TSPT et l’addiction conduisent à de nouvelles voies thérapeutiques pour ces deux pathologies qui n’ont toujours pas de traitement spécifique. Elles sont d’ailleurs généralement traitées de la même façon par un antidépresseur accompagné de thérapies cognitivo-comportementales qui sont souvent les mêmes, mais dont l’efficacité est restreinte dans le temps, n’empêchant pas de fréquentes rechutes, même après des périodes de rémission ou d’abstinence très longues.
La première piste a déjà été explorée avec succès chez la souris par l’’équipe de Jean-Pol Tassin. Elle consiste à réaliser un recouplage artificiel des systèmes monoaminergiques, en délivrant des agents qui bloquent l’hypersécrétion de ces monoamines 3 . La deuxième piste, le remodelage émotionnel, est la technique que nous avons mise au point chez l’animal.


1 «Post Traumatic Stress Disorder and Substance Use Disorder as Two Pathologies Affecting Memory Reactivation : Implications for New Therapeutic Approaches», P. Gisquet-Verrier, C. Le Dorze, «Frontiers in Behavioral Neuroscience», mis en ligne le 13 février 2019.
2 Jean-Pol Tassin travaille au laboratoire Neuroscience Paris-Seine (CNRS/Sorbonne Université/Inserm).
3 «The Combination of Marketed Antagonists of α1b-Adrenergic and 5-HT2A Receptors Inhibits Behavioral Sensitization and Preference to Alcohol in Mice: A Promising Approach for the Treatment of Alcohol Dependence», F.Trovero et al., Plos One, publié en mars 2016.

Pour joindre le site du CNRS Le journal, cliquez sur l’image

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