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Syndrome psycho-traumatique : comment on devient étranger à soi-même

Devant le Carillon et le Petit Cambodge, les deux restaurants visés lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Quentin Chevrier/Flickr, CC BY-SA

Syndrome psycho-traumatique : comment on devient étranger à soi-même

7 novembre 2016
Par Dominique Szepielak
Psychologue, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières
Un an après les attentats de Paris et l’attaque du Bataclan, de nombreuses victimes directes ou indirectes souffrent encore de syndrome psycho-traumatique. Un nom barbare, qui n’est passé que récemment dans le langage courant, et plus volontiers dans sa traduction littérale de l’anglais, l’état de stress post-traumatique. Il fait référence aux répercussions psychologiques de l’événement traumatisant, encore mal appréhendées et objet de nombreuses recherches. Dans un contexte où les attentats terroristes se sont multipliés en France, les psychologues et les psychiatres portent cependant une attention toute particulière à leur prise en charge. D’autant que ces effets peuvent ne se manifester que des années plus tard.

Sur un plan clinique, le syndrome psycho-traumatique se caractérise par une souffrance psychique intense, perturbante, pouvant remettre en cause l’équilibre d’un individu au niveau intime, mais aussi familial et social. La violence de l’impact est telle que pour beaucoup, il y a une dimension indicible, difficile voire impossible à partager avec un tiers. Les amis et les conjoints se retrouvent généralement désemparés, impuissants, parfois même lorsqu’ils ont partagé l’événement qui en est à l’origine.

Parmi les victimes, celles qui ont déjà traversé des épreuves et toujours contrôlé leur vie, pensent dans un premier temps pouvoir gérer le traumatisme de la même façon. Elles se centrent sur une tâche, travaillent davantage ou compensent le stress avec une activité sportive. Mais le traumatisme psychologique et ses conséquences échappent à ces tentatives de gestion. La souffrance s’installe, insidieusement et sûrement.

Des changements opérés à son insu

Progressivement, les repères vis-à-vis des autres et vis-à-vis de soi-même sont remis en cause. Tant au niveau affectif qu’au niveau de la pensée, l’individu impacté éprouve des changements intérieurs qui le rendent étranger aux autres, voire étranger à lui-même, et des remaniements parfois importants s’opèrent à son insu. Bien souvent, il ne s’accorde en fait qu’un sursis mal négocié.

En 1894, le fondateur de la psychanalyse Sigmund Freud évoque déjà la notion d’effraction psychique. Elle désigne la douleur qui s’impose dans le psychisme avec force, sans crier gare et pour longtemps. Jusqu’à récemment encore, cette effraction était considérée comme théorique, voire niée. La somme d’expérience clinique dans les traumatismes psychologiques a définitivement changé la donne. Suite aux guerres, aux catastrophes naturelles et aux attentats, il est désormais admis que cette effraction est réelle. Des répercussions concrètes sur le quotidien de la personne touchée en résultent et sont observables.La tolérance au stress s’amoindrit ; le rapport aux autres se modifie avec une acuité affective plus importante donnant lieu souvent à plus de sensibilité ; le niveau de fatigue est plus élevé ; le rapport à l’environnement familial, professionnel et social est plus difficile ; la qualité du sommeil se dégrade.
Souvent, on constate un temps de latence, durant lequel le mal s’installe, sans vraiment se manifester, jusqu’au jour où un événement, généralement mineur, vient rompre cet équilibre précaire.

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