Art-thérapies,  Article

L’art-thérapie selon Jean-Pierre Klein

L’art-thérapie
Klein, J. (2007). L’art-thérapie. Cahiers de Gestalt-thérapie, 20(1), 55-62. https://www.cairn.info/revue-cahiers-de-gestalt-therapie-2007-1-page-55.htm.


Avant même de proposer une définition de l’art-thérapie, je vais essayer de dire synthétiquement ce que n’est pas l’art-thérapie :
• L’art-thérapie n’a pas d’objectif précis, que celui-ci soit la réduction du symptôme, la simple distraction, la socialisation ou une visée professionnelle. Elle n’est ni rééducation, ni thérapie occupationnelle, ni ergothérapie, ni sociothérapie.

• L’art-thérapie n’est pas un test projectif. Elle ne sert pas à parfaire un diagnostic. Elle ne sert pas non plus à dévoiler les problématiques de la personne, par exemple « Ton tableau révèle ta hantise de la mort ! », elle est déjà leur dépassement dans leur mise en scène, leur figuration complexe dans une production artistique. Elle ne révèle pas ce qui est, elle ne montre pas ce qui était déjà là, elle amorce un mouvement vers ce qui peut être, ce qui peut se représenter dans le symbolique et se mettre en processus d’une création à l’autre.

Pour éclairer cette distinction, je prendrai l’exemple d’un dessin qui représente la violence d’un monstre sur le héros. Cela peut être perçu par le thérapeute comme signifiant la violence d’un père réel sur son fils, le dessin a servi de test pour mieux connaître le patient. Mais on peut aussi le prendre comme une symbolisation thérapeutique de cette même violence par le patient lui-même, ce qui le soulage et permet de la dépasser car il est alors Sujet, auteur d’une production qu’il nourrit de ses peurs, ce qui l’aide à les conjurer. Cette perspective est dynamique et va dans le sens des ressources de la personne pour surmonter elle-même ses difficultés si elle est bien accompagnée de façon discrète et respectueuse, alors que la première attitude à visée cognitive, plus statique, est fréquente dans un Occident qui cherche toujours à tout expliquer plutôt qu’à offrir sa vacuité à l’inconnu, comme le préconise l’art-thérapie qui respecte l’indicible et se déploie dans la pénombre. La lumière crue qui abolit toute nuance s’oppose ainsi aux nuances de l’ombre que Jun’ichirô Tanizaki a célébrée (In’ei Raisan, 1933).

• L’art-thérapie ne se limite pas à une expression en vue de décharge et de soulagement. Elle n’est ni thérapie émotionnelle ni recherche de catharsis ni expulsion du mal qui confine à l’exorcisme. L’abréaction qu’elle permet éventuellement ne vaut que si elle s’intègre dans un processus qui la prolonge : le but pour la personne n’est pas de se débarrasser de ce qui la gêne mais de le transformer en création de soi-même.

• L’art-thérapie ne concerne pas que la personne, c’est un combat ou plutôt une négociation avec la matière : peinture, pâte à modeler, terre, collage, sculpture, marionnette, invention orale ou écrite, voix, musique, gestualité, corps en mouvement, etc., et la personne n’œuvre pas principalement dans le /je/ de l’introspection. L’art-thérapie est une façon de parler de soi sans dire « je ». La matière n’est pas un médiateur mais un interlocuteur qui a son caractère, qui se défend, qui a ses exigences. C’est le thérapeute qui est le médiateur entre le(s) patient(s) et la matière.

• L’art-thérapie est un projet qui tente de relever le défi de la transformation, au moins partielle, de la maladie physique ou mentale, du malaise, de la marginalité douloureuse, du handicap, en enrichissement personnel. La douleur, le mal, le trauma deviennent des épreuves que la personne doit surmonter, dépasser pour en faire une étape de son cheminement.

• L’art-thérapie comme toute vraie thérapie est un accompagnement du travail d’un sujet sur lui-même, d’une « autothérapie », avec la particularité qu’il le fait à travers ses productions soutenues par l’art-thérapeute. Celui-ci permet que ces productions issues de la personne tracent un parcours symbolique vers un « être davantage » qui comprend forcément un « aller mieux ».

Proposition de définition :

L’art-thérapie est un accompagnement de personnes en difficulté (psychologique, physique, sociale ou existentielle) à travers leurs productions artistiques : œuvres plastiques, sonores, théâtrales, littéraires, corporelles et dansées. Ce travail subtil qui prend nos vulnérabilités comme matériau, recherche moins à dévoiler les significations inconscientes des productions qu’à permettre au sujet de se re-créer lui-même, se créer de nouveau, dans un parcours symbolique de création en création. L’art-thérapie est ainsi l’art de se projeter dans une œuvre comme message énigmatique en mouvement et de travailler sur cette œuvre pour travailler sur soi-même. L’art-thérapie est un détour pour s’approcher de soi.

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